Prélude de Jennyfer, une femme libre :

Cette énième séparation le rendait amer. Sa lassitude lui mettait les nerfs à plat. Cette dernière conquête était encore une erreur. Échec sur échec. Elle lui reprochait son manque d’empathie, sa froideur. Pourquoi ne lui présentait-il pas ses parents ? Sa famille ? Il ne voulait pas ressasser le passé. Pourtant, elle n’arrêtait pas de lui téléphoner en pleine nuit : avait-elle tant besoin de lui ? Une simple histoire de sexe ? Pour tous les deux ? Sûrement… Mais Adam désirait simplement aimer et être aimé, rencontrer la femme idéale. Angela n’arrêtait pas de le bassiner à propos de son passé, de ses ex. Mais il s’exprimait peu et n’aimait pas parler de lui. Il voulait vivre le présent, tout simplement. C’est elle qui prenait à chaque fois l’initiative de rompre. Six ruptures en une année ! Leur histoire de couple se résumait à : « je t’aime, moi non plus ».

L’aimait-il ? Peut-être !

En tout cas, il n’aimait pas être seul. Sa solitude le rongeait de l’intérieur. Comme lorsqu’il était enfant, seul avec ses bourreaux.

Au début, Adam avait apprécié la compagnie d’Angela, belle blonde au teint bronzé par les U.V. : son rire, son charme, sa sensualité… Mais elle était trop colérique, jalouse, curieuse et dépensière. Elle n’arrêtait pas de fouiller dans son portefeuille, dans ses papiers… Il étouffait. Il l’avait surprise en train de regarder ses SMS sur son iPhone, ainsi que ses e-mails. Lui qui auparavant n’utilisait jamais de mots de passe sur son ordinateur, s’était décidé à en mettre sur tous ses outils numériques. Il en devenait même paranoïaque. Lui, pourtant si sûr de lui.

Durant leur dernière conversation téléphonique, Angela avait explosé de colère et de rage car il avait oublié son anniversaire. Il lui avait raccroché au nez, ce qui n’avait fait qu’empirer les choses. Elle n’arrêtait pas de lui envoyer une quantité impressionnante de SMS, tous aussi virulents et incendiaires les uns que les autres. Cela l’agaçait, mais il ne s’énervait jamais. Il restait toujours perplexe et inflexible face à chaque coup de sang de sa maîtresse.

Quand elle le quitta pour la énième fois, Adam sut qu’elle allait revenir. Elle l’aimait. Lui s’en fichait, mais il appréciait sa compagnie, et surtout ses caresses. Ils passaient des nuits torrides. Mais leur relation ne rimait à rien.

Aucun avenir entre eux.

Aucun projet.

Pas de fiançailles.

Pas de mariage.

Leur vie de couple ne se fondait sur aucun point commun.

Pour lui, c’était simplement une histoire sans lendemain. Angela était une femme splendide, mais trop colérique. Et surtout, il ne l’aimait pas.

Décidé, il alla à sa rencontre directement chez elle, dans son studio. Leur rupture serait ainsi officielle, au moins par respect pour elle.

Il sonna à la porte de son appartement. Elle lui ouvrit, médusée. Connaissant Adam, elle savait qu’il ne venait pas pour la demander en mariage. Dès qu’elle vit son visage dur, elle comprit. C’était toujours elle qui prenait la décision de rompre, d’habitude. Lui n’exprimait aucun sentiment. Cela l’exaspérait.

Il n’entra même pas dans son appartement et ce fut donc sur le seuil qu’il lui annonça que leur relation était définitivement finie et qu’elle ne devrait donc plus lui téléphoner, ni venir chez lui.

Angela aimait Adam, mais elle savait que leur relation n’était que charnelle, pour lui. Elle encaissa le choc, mais s’y était déjà préparée.

À sa grande tristesse. Elle l’aimait pourtant passionnément, d’abord pour sa beauté : grand, brun, le corps bronzé, ce qui faisait ressortir ses yeux verts, Adam était beau, mais ne jouait pas le séducteur, ce qui pouvait être déroutant pour certaines. Il était mystérieux, ce qui le rendait encore plus séduisant. Beaucoup de femmes tentaient de le charmer, mais son indifférence les refroidissait. Lui s’en fichait. On ne savait pas ce qu’il pensait. Un homme énigmatique et charismatique.

Quand il sortit de l’immeuble d’Angela, une vague de soulagement l’envahit. Sa relation toxique et sans avenir avec cette femme était enfin réduite en cendres. Angela, quant à elle, pleura de tout son être.

Désormais célibataire, Adam reprit sa vie en main. Il eut différentes conquêtes, mais toujours pas l’Amour avec un grand A.

À ce rythme-là, il réfléchit à la possibilité de s’inscrire sur différentes plateformes de rencontres. Les femmes qui s’y trouvaient voulaient toutes se marier. Mais le caractère glacial de leur amant nuisait à leurs espérances de fiançailles. Adam ne comprenait pas pourquoi elles s’acharnaient. Certaines étaient vraiment amoureuses, d’autres convoitaient surtout son portefeuille.

Un collègue l’inscrivit même à une séance de speed-dating. Cette soirée vira à la mascarade pour Adam et ses prétendantes.

Plusieurs femmes élégantes, intelligentes et jolies jouèrent le jeu, mais lui resta muet et froid. Toutes le laissaient de marbre. Il s’ennuyait. Sa froideur le fit apparaître condescendant.

Une belle brune, mais vulgaire, lui prit la main en lui demandant du tac au tac combien il gagnait. Il feignit de ne pas avoir compris sa question. L’ambiance devenait pesante pour Adam, d’autant que la chaleur suffocante lui donnait la migraine. Il trépignait d’impatience, tapant du pied sur le sol. Cette atmosphère le prenait à la gorge.

Quand il sortit de cette soirée, il rentra directement chez lui, fatigué et las de ces rencontres qui n’aboutiraient pas. Lui voulait tout simplement vivre une histoire d’amour.

Le lendemain, Adam, qui était agent immobilier, s’attaqua au dossier de son client et meilleur ami Peter, auquel il devait faire visiter plusieurs villas. Adam était pourtant réticent à se lier d’amitié. Mais Peter était un ami hors du commun : il ne lui posait jamais aucune question sur sa vie passée, qu’elle soit amoureuse ou familiale.

Adam détestait particulièrement le 8 mai. Il repensa à James. C’était une date spéciale pour eux deux. Pour l’un, la vie s’était arrêtée et pour l’autre, elle avait pris un nouveau souffle. Adam n’avait pas de famille : ni parents ni frères ni sœurs. Même pas de cousins.

Trop de mauvais souvenirs jaillissaient, quand il repensait à cette soi-disant enfance. Le seul bon souvenir de cette existence si hostile était James. Un gosse perdu. Un adolescent à la déroute, tout comme lui. Un oiseau apeuré. Ils avaient 13 ans, lors de leur première rencontre. Ils s’étaient retrouvés dans la même famille d’accueil : des tyrans. Le père revenait ivre le soir et les insultait. C’était encore supportable, par rapport à ce que sa femme leur faisait endurer. Des coups de ceinturon, des gifles…

Pourtant, le contraste entre sa beauté et sa cruauté était saisissant. Une petite femme aux beaux cheveux blonds, longs et ondulés. Une femme toujours coquette et souriante avec ses voisins. C’est à son contact qu’Adam comprit le sens de l’expression : « Il ne faut jamais se fier aux apparences ». Comment une femme si charmante pouvait-elle maltraiter ainsi les enfants qu’elle recueillait ? Lui avait l’habitude de ce genre de famille. Pour James, c’était différent. La première qui l’avait recueilli était aimante.

Malheureusement, le mari était mort dans un accident de voiture. Sa mère adoptive, alors trop affectée par le chagrin, ne s’était pas remise de ce drame et ne pouvait plus s’occuper de James. Dans sa nouvelle famille d’accueil, celui-ci était apeuré et tremblait de tout son corps dès qu’il voyait sa tortionnaire. Adam, du haut de ses 13 ans, le protégeait comme il le pouvait. Il n’hésitait pas à s’accuser pour que son ami esquive les coups ou les brimades de cette femme.

Jusqu’à un matin, où il vit la police et des ambulanciers dans le salon, interrogeant le couple maudit. Il apprit alors que James s’était pendu.

Le choc de cette nouvelle le rendit muet durant tout l’interrogatoire. Les services sociaux placèrent Adam dans un foyer pour jeunes durant le déroulement de l’enquête. Il y resta finalement jusqu’à sa majorité et put se reconstruire grâce à l’aide d’éducateurs bienveillants. En revanche, il n’aimait pas la psychologue. Elle le forçait à parler. Lui voulait tout simplement avancer dans sa vie et ne pas remuer le passé.

Adam fut un brillant élève. Mais le suicide de James le hantait. C’est pourquoi il s’était juré de ne jamais avoir d’enfants. Il avait une peur maladive de les rendre malheureux.

Ses souvenirs difficiles étaient ancrés en lui, mais il n’en avait jamais parlé à personne jusqu’à maintenant.

Au cours des visites de villas, Peter vit bien que son ami n’était pas dans son assiette, ce jour-là. Il l’invita donc chez lui, à une soirée concoctée par son épouse adorée.

Ce fut chez eux, quelque temps plus tard, qu’Adam fit la rencontre de sa future épouse. Les caractéristiques physiques de sa femme idéale étaient assez vagues : à vrai dire, il se montrait assez éclectique dans ses choix, qui allaient facilement de la brune à la blonde et de la grande à la petite.

Le problème majeur d’Adam était son manque de compassion envers ses conquêtes féminines et envers les gens, en général. Il ne prenait pas de gants pour s’exprimer et se fichait de blesser son entourage par ses paroles abruptes.

La rencontre eut donc lieu lors d’une soirée entre amis, chez Peter et Élisa, qui formaient un couple épris et chaleureux. Outre Adam, était invitée Jennyfer, une amie d’Élisa rencontrée lors d’une soirée caritative organisée par son lycée.

Pourtant, tout les opposait. Adam était brun, peu bavard, voire froid et Jennyfer, quant à elle, était rousse, chaleureuse et souriante.

Malgré tout, le cœur d’Adam battit d’allégresse dès qu’il aperçut cette splendide femme aux cheveux roux ondulés tombant sur ses jolies épaules. Peter fit les présentations et remarqua aussitôt une complicité entre eux. En effet, il sembla inadmissible et inconcevable à Adam qu’ils se quittent lors de cette soirée d’été. Une conversation chaleureuse et affectueuse s’établit tout naturellement entre eux, comme s’ils étaient des amis de toujours.

De son côté, Jennyfer fut subjuguée par Adam. Dès qu’elle le vit, un frisson parcourut son corps et son cœur battit plus fort, tant elle était impatiente de le connaître. Les papillons dans son ventre indiquaient qu’il y avait de l’amour dans l’air. Jennyfer eut réellement le coup de foudre pour lui, lors de cette soirée.

Vêtue d’une jupe mi-longue noire et d’un chemisier bleu marine à manches courtes, elle rayonnait de beauté. Ses cheveux roux relevés en chignon lui donnaient l’air d’une jeune femme de vingt ans à peine. Adam sut dès qu’il la vit qu’elle serait la femme de sa vie, son épouse. Leur histoire commençait sous les meilleurs auspices, durant l’été.

Il leur fallut très peu de temps pour qu’ils s’éprennent l’un de l’autre. Au bout de six mois de relation, Adam demanda à Jennyfer de l’épouser. Celle-ci accepta dans un élan d’enthousiasme.

Il lui demanda sa main lors d’une soirée chez elle, tout simplement, sans chichis.

— Si on se mariait ? lui demanda-t-il sur un ton presque lointain.

Jennyfer, étonnée, le regarda avec admiration.

— Tu…Tu en es sûr ? balbutia-t-elle avec incrédulité.

— Absolument, et toi ? rétorqua-t-il en la regardant droit dans les yeux.

— Je serais la femme la plus comblée du monde ! 

Leur relation amoureuse était harmonieuse, sensuelle, évidente et limpide.

Adam fit publier les bans et commença à organiser la cérémonie, qui serait simple. Un mariage intimiste.

  Angela grinça des dents dès qu’elle lut l’annonce du mariage d’Adam et Jennyfer dans le journal. Elle était dans son salon de coiffure quand elle apprit la nouvelle. Six mois qu’elle n’avait pas eu de nouvelles d’Adam. Son égo en prit un coup. Elle l’aimait toujours intensément et sa déception n’en fut que plus grande. Peut-être l’aimait-elle un peu trop ? Sa curiosité piquée au vif, elle voulut savoir à quoi ressemblait la femme de son ancien amant. Comment avait-elle réussi à le conquérir ? Angela ne comprenait pas. Qu’avait-elle de plus qu’elle ? Pourquoi cette femme avait-elle réussi à épouser Adam, et pas elle ?

Sa jalousie maladive la rendit amère. Elle voulait assister à ce mariage. Elle avait gardé espoir qu’Adam la rappellerait, même pour une histoire d’une nuit. Angela aimait cet homme. Tremblant de rage, elle scruta intensément son téléphone portable sur lequel s’affichait le numéro de son ex.

Elle l’aimait et le détestait en même temps. Entre l’amour et la haine, il n’y avait souvent qu’un pas. Mais elle se devait d’être stratégique avec lui.

En effet, elle savait très bien que supplier Adam ne ferait qu’empirer les choses. Il lui faudrait donc faire un effort sur elle-même. Elle inspira, expira, puis lui téléphona. En son for intérieur, elle pensait qu’il l’avait mise sur liste noire, supprimant son numéro. Elle fut donc surprise quand il lui répondit immédiatement, en citant son prénom.

— Angela, ça fait un bail !

— En effet… Je voulais te féliciter pour ton futur mariage, je viens de l’apprendre dans le journal d’aujourd’hui, formula-t-elle comme s’il s’agissait juste d’un ami de longue date, d’un bon copain.

— Merci, répondit-il avec un soupçon de méfiance.

Adam restait sur ses gardes, car il savait qu’Angela avait parfois des coups de sang.

Il était avec Jennyfer quand il reçut ce coup de fil inopiné. Ce qu’il aimait chez sa future femme, c’était justement son caractère docile et sa confiance totale en lui.

Elle avait entendu la conversation, mais ne lui demanda rien, si bien que c’est lui qui l’informa de l’appel de son ex.

Elle ne s’en formalisa pas et trouva que cette femme faisait preuve de respect en félicitant Adam.

Un couple pouvait se séparer sans drame et rester en bons termes.

— Tu devrais peut-être l’inviter à notre mariage ? Elle a eu la politesse et la délicatesse de te féliciter, de nous féliciter tous les deux, lança-t-elle sur un ton détaché.

Adam la regarda avec des yeux ronds. Il se méfiait d’Angela, mais après tout, elle était peut-être sincère. Grâce à Jennyfer, il avait appris à ne pas juger trop facilement les gens sur un simple coup d’œil, ou d’après une première impression. Mais il connaissait très bien Angela, peut-être trop bien. Au téléphone, il n’avait toutefois ressenti aucune colère, ni agressivité ou rancune de sa part. Il la rappela donc aussitôt. Angela, surprise par l’appel d’Adam, décrocha tout de suite.

— Veux-tu venir au mariage ? s’enquit-il, priant intérieurement pour qu’elle refuse.

— Avec plaisir, dit-elle.

Angela se fit violence pour ne pas lui crier qu’il commettait la pire erreur de sa vie et que c’était avec elle qu’il devrait se marier. Mais elle voulait scruter cette femme et empêcher ce mariage. Durant toute la semaine, elle imagina d’ailleurs différents scénarios visant à ce qu’Adam ne se marie plus.

Elle prépara donc avec soin et minutie ses différents plans d’action pour saboter ce stupide mariage et reconquérir le cœur de son ex. Quoique cet objectif serait difficile à atteindre. Angela savait très bien au fond d’elle-même que celui-ci ne l’aimait pas.

Mais elle était décidée et prête à tout pour détruire cette union, si ridicule et néfaste à ses yeux.

Elle erra dans les rues de la ville, se balada dans les rayons chics des magasins pour trouver une tenue adaptée à ce mariage et surtout, pour faire craquer cet homme. Elle ne voulait paraître ni trop sexy ni trop stricte. Elle se savait belle et séduisante. Une vendeuse lui conseilla une robe longue d’un rose nacré, avec un joli décolleté en V qui faisait ressortir sa belle poitrine ronde et laiteuse. Angela se trouva magnifique. Plus d’un homme se retourna d’ailleurs sur son passage et la complimenta pour sa beauté. Mais seul Adam comptait. Cela devenait une idée fixe, une obsession maladive. Pendant ce temps, Jennyfer, toujours complexée par ses rondeurs, essayait plusieurs robes de mariée qui lui allaient pourtant à merveille. Son hésitation à choisir sa robe irrita la gérante du magasin. Plus de quatre heures d’essayage, et cette future mariée ne se décidait pas ! Elle se demanda si cette femme voulait vraiment se marier ou si elle était simplement complexée… ou peut-être les deux à la fois.

Adam, quant à lui, essaya plusieurs costumes. Il adorait les grandes marques. Il choisit finalement un costume bleu marine qui faisait ressortir ses yeux verts et lui allait comme un gant.

Sa vie prenait un sens avec Jennyfer, sa future épouse. Il ne se rendait pas compte de l’effet qu’il faisait aux femmes, grâce à son charisme naturel.

La cérémonie eut lieu dans le jardin de Peter et Élisa. Les cheveux roux ondulés de Jennyfer lui descendaient jusqu’à la taille. Les mariés se tinrent la main et se dirent « oui », pour le meilleur et pour le pire. C’était un couple fait pour être ensemble. Cela sautait aux yeux de leurs amis, mais pas à ceux d’Angela. Tout paraissait pourtant si limpide et fluide dans leur relation !

Assise derrière parmi les invités, Angela scruta la mariée de la tête aux pieds et la trouva quelconque.

Lorsque les convives se mirent à table, Angela en profita pour féliciter Adam.

— Je te félicite ! Euh… peut-on se parler en privé ? 

Adam hésita, perplexe, mais elle avait l’air tellement sincère qu’il accepta, avec quand même un brin de doute.

Ils se rendirent derrière la villa, dans un bosquet isolé, à l’abri des regards.

Alors, Angela embrassa Adam. Elle s’accrochait à lui, cela en devenait ridicule et grotesque.

Il fut surpris et en colère.

— Arrête, tu es ridicule ! dit-il en gardant un calme olympien.

– Je ne te comprends pas… Pourquoi es-tu avec cette femme ? J’ai toujours des sentiments pour toi ! 

S’emportant et s’énervant, elle s’agrippa à lui. Avec énergie et habileté, Adam retira aussitôt ses mains.

— Moi je ne t’aime pas. Et cette femme est devenue mon épouse. 

Pour Angela, cette phrase fut plus violente qu’une gifle. Il la regarda ensuite droit dans les yeux et lui annonça froidement :

— Tu t’en vas, ou c’est moi qui te mets à la porte. 

Elle le regarda, les yeux embués, sachant à ce moment précis que la partie était finie. Encore plus blessée, Angela s’en alla, pleine de rancœur envers cet homme qu’elle haïssait désormais. Quant à sa femme, elle n’était qu’une pâle copie, à côté d’elle.

Adam, fort contrarié par cette entrevue, ne voulait pourtant pas faire subir sa mauvaise humeur à sa femme, et encore moins le jour de son mariage. Malgré tout, il enrageait. Comment Angela avait-elle pu chercher à le reconquérir le jour de ses noces ? Sa méfiance envers elle était donc justifiée. Il ne voulait plus jamais la revoir et espérait qu’à présent, elle le laisserait tranquille. Mais il avait des doutes.

Il avait hâte de retrouver son épouse et de partir en voyage de noces.

Adam comblait sa femme par sa prévenance et sa tendresse et leur lune de miel à Hawaï ne ferait que confirmer leur passion ardente.

Il désirait Jennyfer et était un homme comblé.

Il avait préparé avec soin et amour leur voyage de noces. Sur l’île de Maui, ils logeaient au Four Seasons, un hôtel paradisiaque et plein de charme, situé en retrait dans la végétation. Adam avait également organisé une croisière afin d’admirer les baleines en pleine mer, et ils allèrent aussi à la rencontre des dauphins.

Durant leur séjour, il reçut plusieurs e-mails et SMS menaçants de la part d’Angela. Il y répondit, car il savait que sinon, elle ne laisserait pas tranquille. La haine de la jeune femme devenait lisible sur son si beau visage. Malgré ses relances incessantes, celui-ci lui répondait toujours avec justesse, sans agressivité, adoptant un ton neutre et montrant une indifférence déconcertante. Or Angela se sentait humiliée depuis qu’il l’avait mise à la porte de son mariage. Pour qui se prenait-il ? Elle avait cru qu’il retomberait dans ses bras. Elle savait pourtant l’amadouer par ses caresses incessantes et insistantes. Mais il fallait croire que cela ne suffisait plus pour cet homme. Désœuvrée et malheureuse, elle devait à tout prix l’oublier. Elle essaya, mais n’y parvint pas. Sa tristesse, lisible dans ses yeux, reflétait un manque d’amour et une âme inconsolable. Elle était prête à tout pour reconquérir l’homme de sa vie. Pourquoi cette femme avait-elle mis le grappin sur lui ? Pourquoi elle ? La vie d’Angela s’éteignait, sans lui.

Elle n’avait plus goût à rien. Ses messages d’insultes n’effrayaient pas Adam. Son indifférence envers elle était la pire forme de mépris. Le voir heureux et amoureux de sa femme était un supplice aux yeux d’Angela.

Lors de la cérémonie, son amour pour sa femme était bien réel. C’était une évidence. Adam avait toujours été honnête avec son ex. Aucune déclaration d’amour n’était jamais sortie de sa bouche. Il ne lui avait jamais dit « je t’aime ». Ce n’était pas un beau parleur. Il ne lui avait jamais susurré le mot « mariage », ne lui avait jamais fait miroiter une histoire d’amour. Il avait toujours été clair, à ce sujet. Angela en était bien consciente. Elle savait aussi qu’il n’était pas du genre à tromper sa femme. D’ailleurs, quand ils étaient encore ensemble, il n’était pas allé papillonner à droite et à gauche. Il parlait peu. Mais quand il le faisait, ses propos blessants vous heurtaient en plein cœur. Sa maladresse était aussi bien sa force que sa faiblesse.

Angela ne pensait qu’à lui, malgré les sollicitations d’autres hommes. Son obsession était devenue malsaine et dangereuse pour elle-même. Des idées noires hantaient son esprit, déjà si fragile. Dorénavant, elle lui envoyait des SMS dans lesquels elle menaçait de se suicider.

Adam était au bord de la mer avec Jennyfer, à Hawaï, quand il reçut ce genre de message alarmant de la part son ex-maîtresse. Il arrêta net sa marche et blêmit à la lecture de ce mot de désespoir. Jennyfer s’inquiéta.

— Tu n’as pas l’air bien. Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle.

— Juste un souci avec le travail, ne t’inquiète pas. 

En fait, ce message rappelait à Adam d’anciens souvenirs : James. À l’époque, il n’avait pas vu chez son ami de signes précurseurs inquiétants. Celui-ci lui avait pourtant souvent parlé de mettre fin à ses jours, mais Adam n’avait pas prêté attention à ces paroles de détresse. Il n’avait que 13 ans à l’époque et voulait surtout survivre dans cette famille de tyrans. Des années après, il s’en voulait toujours.

Adam et Jennyfer retournèrent dans leur charmante chambre d’hôtel. Adam téléphona à Angela, mais cela sonna dans le vide. Il eut une appréhension, comme un sentiment de déjà-vu. Il téléphona alors à Peter :

— J’ai un service à te demander mais ne pose pas de questions, s’il te plaît. Peux-tu aller voir une amie ? Je t’envoie l’adresse par SMS. C’est très important, je pense qu’elle est en danger.

— Je vais y aller, assura Peter.

Celui-ci monta dans sa belle voiture rouge.

Cette amie devait vraiment compter, pour qu’Adam s’inquiète, pensa-t-il. Peter ne lui posait jamais de questions. Adam était un homme taciturne, très discret sur sa vie privée.

Une fois arrivé à l’adresse indiquée, Peter fut étonné d’y voir garé un camion de pompiers. Il demanda ce qu’il se passait à une femme, assise sur les marches de l’immeuble. Elle fumait une cigarette.

— Ma voisine, elle a voulu se foutre en l’air, quelle idiote ! 

Peter tressaillit.

— C’est terrible… Comment s’appelle-t-elle ?

— Angela. 

En entendant ce prénom, il resta figé. C’était bien l’amie d’Adam et elle était effectivement en danger. Il demanda alors à un pompier dans quel état était la victime.

— Va-t-elle s’en sortir ?

— Oui, elle est hors de danger. Vous êtes un ami, ou un membre de la famille ?

— Un ami de passage. 

Peter téléphona aussitôt à Adam.

— Ton amie a voulu mettre fin à ses jours.

Adam trembla en entendant cette phrase. Habituellement si sûr de lui, il était désorienté.

— Elle va bien, elle va s’en sortir. Adam, tu es toujours au bout du fil ? Je ne t’entends plus !

— Je suis toujours là… C’est vrai, tu en es sûr, elle va s’en sortir ?

— Oui, elle est hors de danger. Elle va être hospitalisée et sera ensuite admise en maison de repos. 

Adam raccrocha, soulagé. Beaucoup de souvenirs du passé le hantaient, mais il se ressaisit. Il était à Hawaï, en voyage de noces avec sa femme.

Tout lui réussissait. Il espérait qu’Angela reprendrait goût à la vie. Jennyfer l’entoura alors de ses bras et le serra fort. Sentir sa peau, son odeur contre lui était un vrai cadeau de la vie. Son amour pour elle était indestructible et insaisissable. Leur lune de miel comblait leurs désirs, à l’un et à l’autre. Leur vie conjugale était un bonheur sans nom. Ils s’aimaient.

Ils dînèrent le soir-même dans un magnifique restaurant. Adam était toujours perturbé par le coup de fil de Peter. Il tenta de se changer les idées en discutant avec Jennyfer de la passion de celle-ci : la peinture.

— Tu es vraiment douée. Tu pourrais facilement vendre tes tableaux et cela te rapporterait beaucoup d’argent. Tu pourrais même arrêter ton travail d’enseignante.

— J’aime aider mes élèves, et peindre est seulement une passion…

— Tu devrais en faire ton métier, exposer dans des galeries d’art…

— Je ne suis ni Picasso ni Monet, soupira-t-elle.

— Essaie… Et pourquoi ne pas contacter des directeurs de galeries pour leur demander leur avis ? Ce sont des experts, ils t’aideraient et tu te constituerais un réseau !

— Peut-être…

— Songes-y sérieusement… tu as un tel potentiel ! 

Mais Jennyfer ne se voyait pas en train de vivre de sa peinture et encore moins de vendre ses tableaux dans des galeries. Il était déjà si compliqué pour elle de montrer ses peintures à des inconnus ! L’idée d’Adam n’était qu’une illusion, un rêve qu’elle avait déjà caressé lorsqu’elle étudiait les beaux-arts. Son manque de confiance en elle lui avait valu de rater des occasions d’exposer. Elle s’était fait une raison, au plus grand désarroi d’Adam, qui croyait en elle et en ses capacités artistiques. Elle ne le trouvait pas objectif, car il la félicitait à propos de tout ce qu’elle faisait. Il est vrai qu’elle adorait dessiner, peindre différents personnages et faire ressortir leurs traits de caractère avec différentes couleurs, textures… C’était sa passion. Quand elle créait, elle se reconnectait à l’instant présent. Une plénitude se lisait sur son visage juvénile.

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